Projet exploratoire MyCoAdaP (2026 - 2027)

Contribution de la mycorhization contrôlée à l'adaptation des plantations forestières au changement climatique : du succès expérimental à la réalité économique

Les forêts françaises, durement touchées par les aléas climatiques, présentent d’importants dépérissements depuis plusieurs années. La plantation permet de renouveler ces peuplements dans des situations où la régénération naturelle ne fournit pas les semis attendus. Mais, les plantations forestières se heurtent de plus en plus à des mortalités en première année quand les sécheresses printanières et estivales sont très marquées. Afin de réduire la mortalité initiale des plantations, l’utilisation des plants inoculés en pépinière par des champignons ectomycorhiziens (ECM) pourraient améliorer la capacité de prélèvement en eau du sol des jeunes plants grâce au réseau mycélien qui permet d’augmenter la surface d’échange avec le sol et l’accès à l’eau. Cependant, l’adoption de ces itinéraires forestiers reste très marginale faute d’expérimentations conduites en conditions réelles, d’études sur les itinéraires techniques associés à ce type de reboisement et du potentiel économique. MycoAdaP a pour objectifs d’étudier : la survie et la croissance des plants mycorhizés artificiellement en pépinière sur des parcelles forestières durant les épisodes de sécheresses printanières et estivales ; les conséquences de l’introduction massive d’une espèce fongique ECM sur la diversité microbienne indigène ; la compatibilité de cette technique avec d’autres pratiques sylvicoles ainsi que la potentielle plus-value économique et la perception de cette méthode au sein de la filière.

Contexte et enjeux

Depuis plusieurs années, les arbres sont victimes de la multiplication des crises sanitaires, combinées à des épisodes de fortes sécheresses et de canicule conduisant au dépérissement de nombreux massifs forestiers français. La plantation permet de renouveler ces peuplements dans des situations où la régénération naturelle ne fournit pas les semis nécessaires à la reprise du cycle forestier. Mais, lors de la plantation, les plants subissent un « choc de transplantation », principalement causé par une capacité d’acquisition de l’eau insuffisante des systèmes racinaires. Les épisodes de sécheresse intensifient les effets de ce choc qui a pour conséquence d’importantes mortalités en première année de plantation. Si une partie de l'eau est absorbée directement par les fines racines des jeunes plants, elle est majoritairement véhiculée par les champignons ectomycorhiziens (ECM) qui vivent en symbiose avec les arbres. Ils explorent le sol grâce à leur vaste réseau d'hyphes et absorbent les nutriments et l'eau, qui sont transportés vers les racines des arbres hôtes. La mycorhization contrôlée est un procédé permettant d’inoculer, en pépinières forestières, des jeunes plants d'arbres avec des champignons ECM spécifiques. Bien que très peu d’études aient expérimenté cette technique en conditions réelles, elle constituerait une solution prometteuse pour obtenir des plants dotés d'une meilleure capacité à résister au stress hydrique et, par conséquent, améliorer leur taux de survie après la plantation. La mise en œuvre de ce type de pratique étant encore très marginale, il est fondamental de conduire des expérimentations en partenariat avec les gestionnaires et pépiniéristes.

Objectifs

Le projet MycoAdaP vise à tester et comparer des stratégies de renouvellement forestier plus adaptées aux situations de sécheresse, en utilisant des plants inoculés en pépinière par des champignons ECM afin d’améliorer la capacité de prélèvement en eau du sol des jeunes plants et réduire ainsi le choc de transplantation. L’utilisation des plants mycorhizés demandera une adaptation des itinéraires techniques (méthode de plantation, entretiens de plantation) au regard d’autres pratiques novatrices, comme l’utilisation de rétenteurs d’eau. De plus, l’introduction de champignons ECM dans les plantations peut entrainer des modifications des cortèges microbiens autochtones et ainsi affecter la biodiversité locale. Les différents scénarios d’itinéraires techniques seront co-construits avec les acteurs privés et publics de la filière sur la base des expérimentations et résultats du projets ou d’expériences isolées des parties prenantes. Basé sur les résultats de ces tâches et complété d’ateliers avec les professionnels forestiers, une étude socio-économique sera menée pour évaluer la perception, les contraintes et conditions d’adoption de ces itinéraires ; ainsi que leur plus-value économique au travers d’une analyse de la chaine de valeur et des coûts de production des plants mycorhizés versus non mycorhizés.

Unités INRAE impliquées

  • UMR 1136 IAM, Nancy Grand Est
  • UMR 1137 Silva, Nancy Grand Est
  • 1443 BETA, Nancy Grand Est

Partenaires extérieurs

  • Office National des forêts, RDI
  • Foret d’ici, Coopérative forestière
  • APESA, Centre technologique au service des transitions